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YU Miao

Photographe de l'âme du monde

Artiste photographe chinoise, YU Miao vit et travaille en France depuis fin 2011. Elle est aussi réalisatrice et scénariste de cinéma, autrice de plusieurs oeuvres cinématographiques.

Formée à la réalisation de cinéma à La Fémis, YU Miao pratique la photographie en parallèle. Les sujets abordés sont variés, donnant lieu à diverses séries : portraits, scènes naturelles ou urbaines, photos abstraites également… En privilégiant à la prise de vue le choix de couleurs sobres et épurées, YU Miao donne l'impression de faire surtout des photographies en noir et blanc, ce qui n'est réellement le cas que pour certaines d'entre elles.  

L'image est tantôt nette, tantôt floue, brumeuse, entre rêve et réalité. Dans les deux cas, l'atmosphère créée est souvent éthérée, mystérieuse, parfois obscure ou ambiguë, mais toujours élégante et poétique. L'intention esthétique, la recherche de beauté sont permanentes. La photographe est inspirée aussi bien par Apollon et sa voie de la beauté ordonnée et sereine que par Dionysos et sa voie du tumulte et du chaos. Pour autant, elle n'est prisonnière d'aucun modèle.

Le travail de YU Miao se situe souvent entre abstrait et figuratif, voire à la limite de l'abstraction, de par son dépouillement, où, partant du réel, la photographe tend vers un ailleurs qui vient à son tour percuter le réel. Le résultat se rapproche alors de la peinture, voire de la calligraphie. Il y a peu de retouches. Elle crée ainsi une oeuvre épurée, forte, proche d'une certaine vérité, néanmoins ambiguë comme toute vérité, notamment dans la pensée chinoise. 

Comme pour tout photographe, le travail de YU Miao est en partie une projection de ses sentiments et ses émotions. Un questionnement jamais achevé aussi : Moi ? L'autre ? L'histoire ? La mémoire ? Le monde ? Où et comment se situer ? Accepter ce qui est ? Se résigner ?

Un début de réponses vient de l'humanité qu'elle photographie, plus comme collectif qu'individuellement, les individus étant plus emblématiques que singuliers. Cette humanité semble éprouver une tristesse diffuse, une forme d'affliction, des émotions étouffées, comme dominée par une destinée à laquelle elle ne peut échapper. La tentative indéfiniment répétée de s'en libérer semble vouée à l'échec, la résignation menace, c'est comme ça. Nul jugement, un simple constat, d'une force surprenante.

Car YU Miao va plus loin, elle entre en interaction avec l'environnement photographié, dont elle saisit l'âme, avec l'intuition que ce pourrait être une âme globale, l'âme du monde, dont l'unité se manifesterait dans la diversité des sujets abordés. Cet « animus » s'exprimerait autant dans les photographies de statues que dans celles d'un champ de tournesols. La photographie leur donnerait vie, non en tant qu'individus, mais comme organes d'un tout, qu'il est possible d'appeler monde ou univers, qui les surplombe et les englobe. Et ceci explique peut-être l'énigme du destin de l'humanité, dont les individus aspirent à une libération illusoire, car ils restent limités par leur statut organique.

Le vrai photographe est celui qui donne à voir, à sentir l'invisible. Son procédé subtil et complexe de révélation du secret de l'âme du monde place incontestablement YU Miao dans cette catégorie.

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